CONTEXTE
Qu'est-ce que la violence faite aux femmes ?
La violence à l'égard des femmes constitue probablement la violation des droits humains la plus honteuse, et elle est probablement la plus répandue. Elle ne connaît pas de frontières géographiques, culturelles ou économiques. Aussi longtemps que durera cet état de fait, nous ne pourrons pas prétendre avoir fait des avancées réelles en matière d'égalité, de développement et de paix.
Kofi Annan
Selon la Nations Unies sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes (1993), cette violence est définie comme suit :
« Tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. »
Ces actes peuvent comprendre entre autres ce qui suit :
- La violence physique : consiste à frapper, battre, menacer ou agresser avec un objet ou une arme, et même à tuer.
- La violence sexuelle : tout acte non désiré de nature sexuelle imposé par des menaces, de l'intimidation ou la force physique.
- La violence émotionnelle ou verbale : peut comprendre les menaces, l'intimidation, les insultes, le confinement à la maison, la surveillance, la destruction d'objets personnels, les agressions verbales, les commentaires humiliants et dégradants ; elle entraîne une érosion de l'estime de soi et peut être tout aussi dévastatrice que la violence physique.
- L'exploitation financière : particulièrement préoccupante chez les femmes âgées, elle peut comprendre la restriction de l'accès à des ressources de base comme la nourriture, l'emploi et/ou les ressources financières.
- La violence spirituelle : inclut l'utilisation de la religion d'une personne ou de ses croyances spirituelles pour la manipuler, la dominer ou la contrôler5.
- Le harcèlement criminel : forme de comportement obsessif à l'endroit d'une autre personne. Il peut comprendre une surveillance persistante, malveillante et non désirée, ainsi qu'une atteinte à la vie privée qui constitue une menace constante à la sécurité personnelle de la victime6.
La violence faite aux femmes est-elle un problème grave au Canada ?
- Au Canada, cinquante et un pour cent des femmes ont été victimes d'au moins un acte de violence physique ou sexuelle depuis l'âge de 16 ans7.
- Une ou deux femmes sont tuées par un partenaire ou un ex-partenaire chaque semaine au Canada8.
- Les causes de violence conjugale ont représenté la plus grande catégorie d'infractions avec violence donnant lieu à une condamnation dans les tribunaux pour adultes non spécialisés au Canada au cours de la période quinquennale entre 1997-1998 et 2001-2002. Plus de 90 % des accusés étaient des hommes9.
- Trente-six pour cent des femmes victimes de violence conjugale et moins de 10 % des victimes d'agression sexuelle ont signalé ces crimes à la police en 200410.
- Les sévices physiques et sexuels infligés aux femmes et aux filles coûtent à l'économie canadienne plus de 4 milliards de dollars par année (si l'on comptabilise le coût des services sociaux, de l'appareil de justice criminelle, des jours d'emploi perdus et des interventions en soins de santé)11.
- La violence à l'égard des femmes sévit dans tous les groupes ethniques, raciaux, religieux, sociaux et économiques ainsi que dans tous les groupes d'âge. Toutefois, certaines femmes sont plus vulnérables et donc plus susceptibles d'être victimes de violence, soit les femmes handicapées et celles qui résident dans des régions géographiquement isolées, les jeunes et les femmes autochtones.
- Soixante et un pour cent des adultes au Canada disent connaître personnellement au moins une femme qui a été victime de violence physique ou sexuelle12.
Pourquoi cette campagne se concentre-t-elle sur la violence exercée à l'endroit des femmes ? Qu'en est-il de la violence contre les hommes ?
La Fondation canadienne des femmes est d'avis que la violence est inacceptable, qu'elle soit perpétrée contre un homme ou contre une femme, et nous applaudissons les campagnes qui ont pour but de faire cesser la violence sous toutes ses autres formes. Toutefois, la Fondation est un organisme de femmes, dont le mandat consiste plus spécifiquement à mettre fin à la violence exercée à l'endroit de cette partie de la population.
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L'adoption d'une approche générique visant à mettre fin à la violence que subit l'ensemble des Canadiens et des Canadiennes risquerait de nous faire passer à côté des expériences propres aux femmes et de nous empêcher de répondre adéquatement aux besoins des victimes. Par exemple, si les hommes sont plus susceptibles d'être blessés par un étranger dans un endroit public ou dans un contexte social, les femmes sont plus à risque d'être victimisées par un partenaire intime dans leur propre domicile. Les femmes sont aussi plus à risque de violence sexuelle13.
Cela dit, certains programmes de prévention de la violence financés par la Fondation canadienne des femmes s'adressent autant aux hommes qu'aux femmes dans le but de prévenir les comportements violents. Par exemple, nous soutenons des programmes consistant à enseigner aux adolescents et aux adolescentes à établir des relations saines, et à leur expliquer en quoi consistent les limites personnelles et le respect mutuel. Nous appuyons aussi des programmes de counselling conçus pour les enfants qui ont été témoins de violence à la maison, pour les empêcher de devenir à leur tour des victimes ou des agresseurs.
Cette campagne ne vise en aucun cas à dépeindre les hommes comme des êtres méchants et cruels. Nous savons pertinemment que la majorité des hommes ne sont pas violents, et que la plupart d'entre eux sont très préoccupés par ce problème : les femmes victimes de violence pourraient être leur mère, leur sour, leur fille ou leur amie. En fait, environ la moitié des personnes qui contribuent à la campagne À l'abri de la tempête sont des hommes.
- Il peut arriver que certains hommes subissent de la violence dans le cadre d'une relation intime, mais la plupart des victimes de violence conjugale sont des femmes.
- Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'être victimes des formes les plus graves d'agression entre conjoints, ainsi que d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et d'homicide entre conjoints14.
- En 2004, près de 28 000 affaires de violence conjugale ont été signalées à la police, dont 84 % avaient fait des victimes de sexe féminin, et 16 %, des victimes de sexe masculin15.
- Sur une période de 10 ans, les rapports de police ont montré que les hommes étaient beaucoup plus susceptibles que les femmes d'être les auteurs dans les affaires de violence conjugale qui viennent à l'attention de la police et plus susceptibles d'agresser leur victime de façon répétée16 :
- Auteurs primaires - 86 % d'hommes et 15 % de femmes
- Auteurs récidivistes - 94 % d'hommes et 6 % de femmes
- Auteurs chroniques - 97 % d'hommes et 3 % de femmes
Comment la violence faite aux femmes affecte-t-elle les enfants ?
- Chaque année, au Canada, jusqu'à 360 000 enfants sont témoins d'actes de violence conjugale à la maison17.
- Pour les enfants exposés à la violence, les conséquences peuvent comprendre le trauma émotionnel, la dépression, une blessure ou une invalidité permanente ainsi que d'autres problèmes physiques, psychologiques et comportementaux qui peuvent continuer durant leur adolescence et leur vie adulte18.
- 58 486 femmes et 36 840 enfants ont cherché un hébergement temporaire à l'un des 473 refuges au Canada, du 1er avril 2003 au 31 mars 200419.
Pourquoi les femmes restent-elles dans des relations marquées par la violence ?
- Le moment où une femme quitte une relation marquée par la violence est le moment où elle court le plus grand danger. Elle peut craindre pour sa sécurité et celle de ses enfants si elle s'en va.
- Il peut lui promettre qu'il va changer, ou elle peut avoir bon espoir que les choses vont s'améliorer.
- Il se peut qu'il lui fasse des menaces si elle essaie de partir.
- Il se peut qu'elle habite dans une région isolée ou qu'elle soit socialement isolée, et donc qu'elle ait un accès limité à l'information, aux ressources et aux services d'aide.
- Il se peut qu'elle soit aux prises avec des barrières en matière de communication, de langue ou de culture.
- Il se peut qu'elle soit économiquement dépendante de son conjoint et qu'elle n'ait pas accès à des ressources financières.
- La violence émotionnelle a peut-être affecté sa confiance en elle en instillant en elle une peur de l'échec ou de l'inconnu.
- Il se peut qu'elle se croie responsable de la violence, et qu'elle pense avoir provoqué le comportement violent de son conjoint.
- Il se peut qu'elle ait subi de la violence pendant son enfance ou qu'elle ait été témoin d'actes de violence à la maison et que, par conséquent, elle en soit venue à accepter ce comportement et à le considérer comme normal.
- Il se peut qu'elle tienne par-dessus tout à garder sa famille réunie, ou qu'elle subisse des pressions en ce sens de la part des membres de sa famille.
- Il se peut qu'elle craigne de perdre la garde de ses enfants.
De quelles façons les maisons d'hébergement aident-elles les femmes ?
- Les maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence font beaucoup plus que procurer un refuge sûr et de la nourriture aux femmes et à leurs enfants. Elles offrent entre autres les services suivants :
- Des services de counselling et du soutien aux femmes pour les aider à rebâtir leur vie après avoir subi de la violence.
- Des services de counselling aux enfants qui ont été témoins d'actes de violence pour les aider à retrouver l'équilibre.
- Des conseils juridiques.
- De l'aide pour trouver un logement abordable.
- Un travail auprès de la collectivité afin de sensibiliser le public au problème de la violence conjugale.
- Les coûts d'exploitation des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence au Canada s'élèvent à plus de 135 millions de dollars par année20.
- De nombreuses maisons d'hébergement ont des listes d'attente et dépendent du soutien apporté par leur communauté pour pouvoir poursuivre leurs activités.
Que fait la Fondation canadienne des femmes pour mettre fin à la violence à l'endroit des femmes ?
Mettre fin à la violence faite aux femmes nécessite une stratégie à long terme qui vise l'autonomisation des femmes ainsi que le changement des attitudes et des croyances qui mènent à des comportements violents.
La Fondation canadienne des femmes finance des programmes menés par des maisons d'hébergement et des organismes communautaires un peu partout au Canada et qui visent, de multiples façons, à mettre fin à la violence contre les femmes. Ces programmes ont pour objectifs d'enseigner aux jeunes gens à établir des relations saines, de fournir un refuge aux femmes qui ont fui une relation marquée par la violence, d'offrir des services de counselling à des enfants ayant été témoins d'actes de violence et d'aider les femmes et les enfants à rebâtir leur vie après avoir vécu un épisode de violence.
Puis-je faire don de nourriture ou de vêtements à la campagne À l'abri de la tempête ?
La campagne À l'abri de la tempête ne peut accepter que les dons en argent. Nous vous suggérons de communiquer avec une maison d'hébergement de votre région, car un grand nombre d'entre elles acceptent avec plaisir les dons sous forme de vêtements, de nourriture et d'autres denrées.
Pour trouver une maison d'hébergement dans votre communauté, veuillez vous rendre à shelternet.ca ou consulter les premières pages de votre annuaire téléphonique.
